Street performances 1998-1999

Before youth had broad personal access to digital AV technologies, a core of N3krozoft Ltd’s agents did a series of performances in the public space of Geneva.

In 1999, we published a xeroxed booklet describing and commenting the performances.
Below is the content of this booklet and visual documentation when available:

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Les ballons
1000 ballons de type standard sont gonfles d’eau. Un groupe de performers les fait devaler une rue raide et longue de 200 metres (la rue de la cite, dans la vieille ville de Geneve). Sous un ciel tres gris, les ballons multicolores s’ebranlent, d’abord en une large avalanche, puis en une longue file indienne, sous les yeux etonnes et rejouis des passants. Les ballons finissent par s’echouer delicatement sur les rails du tram; la pesanteur est devenue impuissante a les mouvoir.

Acte mediateur entre les esprits des airs et les esprits des masses.
Affirmation festive du caractere errone de la notion d’eternel retour.
Reconciliations et apaisements, a travers une performance d’une douceur jusqu’alors inconnue.
Ambivalence a trois valeurs; regression-finitude-progression.

Au bar “Le Nelson”
Un homme se rend dans un bar a la mode, dans lequel se déroule une soirée de promotion Red-Bull. Apres avoir consommé une boisson, il s’écroule et reste allongé. Il ne réagit pas aux sollicitations des videurs qui le portent a l’exterieur sans ménagement. Une fois à l’air frais, il reprend progressivement conscience et s’éloigne.

Recherche verticale, immersion dans des volutes d’extase trouble.
Mort de Jouvence.

Au McDonald’s
Trois hommes se disputent pendant un quart d’heure devant une caisse, dans l’impossibilite de se mettre d’accord sur une commande commune. Les caissiers se montrent decontenances.

De la difficulte d’ordonner.
Approche oblique de l’acte de consommation.

Concert de ballons
Sur une estrade dans les rues basses, puis dans la caverne de confederation centre, 4 personnes font de la musique avec des ballons gonflables, en les faisant siffler et en les frottant.

Stridence jubilatoire. Constructions de “patterns” realistes.

A la Placette
Dans un luxueux supermarche d’alimentation, trois hommes, l’air presque standard, remplissent leur caddie, chacun de son cote. Pour ce faire, ils passent dans les rayons en balancant dans leur caddie un item de chaque produit, le plus vite possible.

Impression de dominos.
Reflexion sur l’acte de consommation, inactivite cerebrale.

Les cartons (de nuit)
Le soir precedant le ramassage des papiers, quatre hommes, se promenant dans les rues basses, localisent un imposant tas de cartons, remplis de quotidiens jamais lus. Ils entreprennent de le deplacer, en deployant des forces extraordinaires et en avancant de maniere extremement penible. La debauche d’energie est inversement proportionelle au chemin parcouru. Quelquefois le carton se deplace un instant tres rapidement, helas rarement dans la direction prevue.
Un tram se presente; ils y installent le carton avec peine. Quelques arrets plus loin, ils deplacent leur fardeau hors de la voiture, obstruant momentanement les portes. Des passants a l’air empresse leur viennent en aide. Les performers traversent une route au trafic perturbe par leur lenteur. A plusieurs reprises ils tombent, a bout de forces. Apres quelque temps, le carton se disloque et se dechire, vomissant son contenu; le sol est jonche de quotidiens et de bouts de cartons.
Les hommes poursuivent leur route, l’air hagard, les mains remplies des cartons et des journaux. Un tram arrive; ils prennent un certain temps pour y monter. Le conducteur vient leur signifier de se depecher. Retour a l’arret initial, ou les cartons sont remis a leur place.

Les cartons (de jour)
Meme principe que de nuit. Les performers frolent une intervention de la police, puisqu’ils genent la bonne marche des transports publics, et qu’ils retardent et distrayent les gens dans leurs activites de consommation.

Commentaires entendus par des complices meles a la foule:
“Ce sont les artistes berlinois?”
“Soit c’est des tres bons acteurs, soit c’est vraiment tres lourd”.
“Ca c’est bien Geneve; personne ne va les aider a deplacer ce truc!”.

Matiere a reflexion sur la lenteur et la lourdeur, sur l’inertie, sur les difficultes de parcours.
Objet-talisman, contenu sacre et/ou magique, mysterieux.

Defilés
Quatre individus penetrent a la queue leu-leu dans des bars a la mode et dans des restaurants, empruntant la demarche assuree des mannequins. Ils s’arretent, echangent leurs vestes et accessoires, continuent a marcher, re-echangent, etc… avant de sortir, toujours les uns derriere les autres.

Matiere a reflexion sur nos comportements en societe, transferabilite des identites.

Le prince
Pendant 10 minutes un homme arpente la rue du Prince. Il interroge les passants, afin de savoir ou est le Prince.

La recherche du bonheur et la perdition des ames errantes sont concernees.

Eau du jet d’eau
Une bouteille d’eau du jet d’eau certifiee authentique est remise a Mme Hillary Clinton, a l’occasion de son passage a Geneve.

L’humour contrarie et l’amitie mise en peril

Cornets Migros
Trois individus, la tete recouverte de sacs de commissions Migros, deambulent dans les Rues Basses, selon une mysterieuse choreographie. Apres leur conciliabule silencieux, les trois etres masques s’eloignent chacun de leur cote.

Voir ou Percevoir
Desincarnation du tissu urbain et mise en danger des transports en commun.

L’orateur invisible
Un podium est sis dans les rues basses de Geneve (il est installe par le parti socialiste avec pour objectif de permettre aux citoyens de prendre la parole). Il abrite une radio portable, emettant des discours politiques dans diverses langues, provenant d’emissions televisees des 5 continents.

Multiplicite des points de vue deficients.

La box
Dans un magasin audio-video, un homme achete un radio-k7 (un modele modeste, a 50frs). Il marche jusqu’a la place du Molard, dans les Rues Basses, ou il se saisit d’une tres grande hache. Il pose le paquet contenant la box et commence sa besogne. Apres avoir detruit totalement le radio-k7, il ramasse les pieces eparpillees et les replace dans leur emballage. Puis il retourne dans le magasin, et exige le remboursement de son appareil. Il se heurte a l’incomprehension des vendeurs.

Mythologie du debris.
Fureur et regret.

La machine a bonheur
Dans une rue commerciale, deux hommes installent une etrange machine, assemblage de divers ustensiles electroniques. Des passants, pris au hasard dans la foule, sont invites a introduire leur crane dans la machine. Certains passants, complices des performers, suivent ces indications. Apres quoi ils s’eloignent lentement, l’air hagard. La machine semble les avoir prives de toute volonte. Les deux techniciens poursuivent leur tache pendant un quart d’heure, puis rembarquent leur appareil en toute hate.

Metaphore de l’acte educateur.
Melancolie d’une civilisation fanee.

Petites voitures
(Performance proposee par le Critical Art Ensemble.)
Un homme marche dans les rues basses. Se postant entre une banque et un grand magasin, il deverse de son sac de nombreuses petites voitures, puis se met a jouer. Une foule importante se cree. Imperturbable, l’homme poursuit son activite, jusqu’a l’intervention des forces de l’ordre.

Mise en evidence de l’implantation en serie de micro-processeurs de controle par les vecteurs du pouvoir.

Au salon de l’auto
Quatre individus se rendent au salon de l’auto, armes chacun d’un monocycle. Arrives dans le hall central, ils enfourchent leurs vehicules et se livrent avec ardeur a une laborieuse course de monocycles. L’action s’acheve par l’intervention du personnel de securite, donnant lieu a une breve course-poursuite.

Au rond-point de la subversion.

Danse
Par un apres midi de printemps, un groupe de personnes se rend au magasin de chaussures San Marino, avec pour objectif de danser au rythme de la musique entrainante qui emane en permanence de cet endroit. La presence d’une quinzaine de danseurs aurait du semer le trouble dans l’esprit des clients et des passants.

Il est impossible de reunir plus de 6 personnes pour une telle action. Cette performance est irrealisable.

Lancer de télés
8 televiseurs sont projetes simultanement depuis un mur d’une hauteur de dix metres environ, situe dans la vieille ville de Geneve. Arrives au sol, ils implosent avec vigueur et fracas, transferant leur energie photonique aux badaux enivres par le spectacle.

Impact mediatique.
Sacrifice rituel. Procedure d’exorcisme a usage multiple.
Destruction-liberation. Idolatrie du tube cathodique.


Au parc pour enfants
Un commando d’une vingtaine d’hommes et de femmes, portant des habits de sport, prennent d’assaut un parc dote de nombreux jeux (tourniquets, balancoires, chevaux a bascule, bacs a sable…). Les performers jouent alors frenetiquement, jusqu’a l’epuisement et au malaise (vomissements, evanouissements, ruptures osseuses et/ou ligamentaires).

Instrumentalisation de l’acte ludique.
Revocation de l’innocence proscrite.

Art/Core